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minou 2

Au début de la seconde guerre mondiale, entre septembre 39 et juin 40, la totalité de l'or de la Banque de France, soit 2800 tonnes[1] a été mise hors de portée de l'ennemi. Plus de la moitié a été embarquée à Brest[2],avant de voguer vers le Canada, les Antilles ou le Sénégal. Ainsi, parmi tous les bateaux que les plouzanéens voyaient alors évoluer dans la rade, dix étaient remplis d'or. Certains habitants ont vraisemblablement été témoins, ou ont peut-être participé à ces opérations qui se sont déroulées aux alentours immédiats de Plouzané.

Vers le Canada et la Martinique

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Les quatre premiers transferts organisés depuis Brest partent vers Halifax, au Canada. Le 11 décembre 1939, le Dunkerque appareille pour un voyage de 7 jours avec à son bord 100 tonnes d'or. Cinq mois plus tard, le 20 mai 1940, ce sont 200[3] tonnes d'or que l'Emile-Bertin et la Jeanne-d'Arc emmènent. Après avoir appareillé, les deux navires passent une nuit et une journée en rade de Brest au large du littoral plouzanéen, dans l'attente de conditions favorables pour prendre la mer. Le 02 juin, le Pasteur évacue 213 tonnes d'or. Huit jours plus tard, c'est l'Emile-Bertin, revenu de son premier périple, qui emmène 187 tonnes vers Fort-de-France.

L'or du Portzic

Le dernier transfert est apprêté, dirigé et accompagné par deux cadres de la Banque de France, Félix Stiot et Bernard Gontier.

Du 31 mai au 13 juin 1940, 900 tonnes d'or réparties dans 16 000 caisses et sacoches arrivent par train à l'arsenal de Brest. Elles sont aussitôt envoyées par camion au fort du Portzic, via la route de la corniche. Toutes les opérations se déroulent avec rigueur et méthode.

Cependant, l'armistice accroît la tension et accélère les événements. Aussi, dès le 16 juin, les convois inverses sont organisés pour ramener l'or du fort du Portzic à l'Arsenal, au quai de Laninon. Là, il est embarqué de façon ordonnée à bord de la Ville d'Oran, la Ville d'Alger, l'El Djezaïr, l'El Mansour et l'El Kantara.

Le 17 juin, il n'y a plus de temps à perdre, la moitié d'or restant doit être embarquée en vrac et en toute hâte sous les attaques aériennes ! Dans le désordre, la panique, le désarroi et la confusion, Félix Stiot et Bernard Gontier, courageux et résolus, s'appliquent à maintenir une organisation. L'initiative et la débrouille priment ! La chance joue aussi son rôle puisqu'au petit matin du 18 juin, les bombardements sur l'Arsenal épargnent de peu le quai des Flotilles. En revanche, ils détruisent la route de la Corniche obligeant les convois de camions à passer par St Pierre.

Le 18 juin 40, vers 19h00, les cinq bâtiments appareillent et emportent à eux seuls les 900 tonnes d'or vers Casablanca puis Dakar. C'est ainsi que la plus importante flotte d'or jamais constituée passa devant le phare du Minou, emmenée par Bernard Gontier et l'Amiral Cadart. Derrière elle, les citernes de mazout, les réservoirs d'essence et les stocks de munitions de l'arsenal flambent, frappés par les attaques aériennes.

Le 19 juin, vers 1h30, Félix Stiot traverse Plouzané pour rejoindre Bertheaume et embarquer à bord du cargo Gravelines, direction l'Angleterre.

minou 3Retour face au Minou ...

Quand le 19 juin, l'ennemi entre dans Brest, il ne reste plus un seul lingot d'or appartenant à l'Etat sur le territoire français. Après avoir fait l'objet de toutes les convoitises à travers le monde, il reviendra en France en 1946, en repassant pour partie devant le Dellec et le Minou. Ce sauvetage a joué un rôle majeur dans la reconstruction du pays et a permis à la France de préserver son indépendance et de rester une grande puissance. Il ne put s'opérer que grâce à une poignée de cadres de la Banque de France qui, dans la
débâcle, ont persisté dans leur mission. Ils purent compter sur la coopération et l'esprit d'équipe de l'Amirauté et de quelques 5000 marins et soldats.

Bibliographie :

« Sauvez l'or de la Banque de France », de Tristan Gaston-Breton

Cahiers anecdotiques de la Banque de France, n° 09, 14 & 27.

[1] 97,3 milliards de francs 1939, soit 272 milliards de francs 2000, soit 41,5 milliards d'euros 2002.

[2] Le restant ayant été évacué depuis Toulon & Pauillac.

[3] De telles concentrations à bord d'un seul bateau constituaient des risques énormes en cas de perte du navire.
Ce choix était rendu inévitable par le faible nombre de navires disponibles.